World Digital Life Labs ou comment les grandes métropoles se préparent pour demain ?

Compte rendu du circuit World Digital Life Labs lors des circuits de l’innovation le 22 juin 2006.

schemaL’une des premières étapes de toute démarche de réflexion à propos de la métropole numérique de demain consiste, une fois les partenaires réunis et l’horizon temporel défini, à identifier les différentes composantes du « système » qu’est le territoire et au sein de ces composantes, les variables-clés susceptibles d’influer de manière significative sur les évolutions du système. On constate que, dans de tels exercices, la dimension TIC n’est pratiquement prise en compte que sous l’angle de la couverture du territoire par les réseaux haut débit et mobiles. Pourtant, les TIC influent de bien d’autres manières sur les dynamiques territoriales. On pourrait arguer que leur banalisation a pour conséquence que le « facteur TIC » est intégré dans l’analyse de variables telles que l’évolution du système productif, la réforme de l’État, la formation, les transports… Mais force est de constater, quand on se penche plus avant dans les « fiches-variables », que c’est rarement le cas. Et lorsqu’elles sont présentes, c’est en tant qu’outils, ce qui n’est pas absurde, mais qui fait en revanche courir le risque de négliger les dynamiques propres des technologies et de leurs usages, et les ruptures qu’elles peuvent entraîner.

En outre, les TIC évoluent, vite et profondément. L’intégration du Digital dans la vie quotidienne des consommateurs continue de croître depuis de nombreuses années grâce au doublement de la puissance des processeurs à coût constant (tous les 18 mois) et conjointement à l’amélioration des technologies logicielles de base et des interfaces avec l’utilisateur. Deux des caractéristiques majeures de cette évolution concernent tout particulièrement les territoires : la convergence des technologies de communication (Internet, audiovisuel, mobiles) et l’enfouissement des puces dans l’espace physique, qui fait disparaître la frontière entre le « réel » et le « virtuel ». Autrement dit, l’évolution des TIC est susceptible d’avoir un effet encore plus profond qu’aujourd’hui sur la structuration des territoires, les modes de vie et les formes de socialisation, la localisation et l’organisation des activités ainsi que les conditions de compétitivité des territoires. Dans ce contexte de mutation technologique les grandes métropoles à l’instar de San Francisco, Séoul, Copenhague et Paris ont fait le choix de s’engager dans des innovations numériques structurantes pour l’ensemble de l’économie du territoire et pour faciliter la vie (numérique) de demain ( ‘objectifs et expériences de San Francisco’ présenté par Joaquin ALVARADO, Director, San Francisco State University). Dans cette dynamique d’évolution technologique l’usager est au centre du processus de l’innovation ( contrairement aux approches technologiques classiques ) en associant technologie, service, contenu et design. On est dans une ère où le « prototypage » prend toute son importance ainsi que l’usager qui est désormais au centre du développement.

Expérience d’OZONE :

  • A propos d’Ozone

Premier opérateur du Réseau Pervasif*, Ozone existe depuis juin 2003. Rafi Haladjian son fondateur a créé en 1994 FranceNet, tout premier opérateur de réseaux et services Internet en France qu’il a cédé en 2001 (après avoir changé le nom de FranceNet en Fluxus) à BT (British Telecom). Ozone déploie aujourd’hui des réseaux métropolitains (MAN) de liaisons dorsales (backbones) sans fil. Construites à base de technologie wi-fi, ces dernières pourront intégrer progressivement d’autres technologies. Sur le parcours de ces réseaux, Ozone crée des zones locales de couverture (les oZones), à l’intérieur desquelles les utilisateurs peuvent se connecter au réseau d’Ozone et notamment accéder à l’Internet. Cet accès est utilisable de façon fixe comme en situation de mobilité. L’utilisateur n’a plus besoin d’un autre fournisseur d’accès ni même d’une ligne téléphonique et sa connexion est permanente.

  • A propos du Réseau Pervasif

En anglais « pervasive » signifie « omniprésent ». Le Réseau Pervasif est un réseau dans lequel l’usager est connectés, partout, tout le temps s’il le veux, par l’intermédiaire de ses objets communicants classiques (ordinateurs, PDA, téléphones) mais aussi, demain, grâce à des objets multiples équipés d’une capacité de mémoire et d’intelligence : walkmans, systèmes GPS de voitures, jouets, lampes, appareils ménagers, etc.… Ces objets dits « intelligents » sont d’ores et déjà présents autour de nous et le phénomène est appelé à se développer avec le développement du Réseau Pervasif.

Dans le cadre de ses expérimentations Ozone à pris pour lieu le Palais de Tokyo. L’ambition est de faire de cet espace ouvert le premier lieu d’expérimentation de ce qu’il est convenu d’appeler l’Intelligence Ambiante, ce monde où les hommes ne se connectent plus mais sont connectés en permanence, partout où ils se trouvent, par n’importe quel type d’objets, ce monde où le réseau devient une simple extension de chacun d’entre nous, ce monde où l’homme est au centre du réseau. Bien sur, cet espace d’expérimentation est une porte ouverte largement ouverte à la création.
Un « halo wi-fi », formant un réseau large bande de proximité, peut contenir des services et des informations difficilement diffusables au travers de l’Internet filaire classique. En effet, il constitue une boucle locale à 11 ou 54 mb/s suivants les équipements, à même de diffuser de la vidéo ou du son à haute définition. Des caméras, elles-mêmes wi-fi, peuvent couvrir l’avancée des travaux, les artistes programmés peuvent laisser des fichiers vidéo ou audio sans craindre qu’ils soient accessibles à travers le reste de l’Interne, et ça marche. Affaire à suivre…

En conclusion générale, décrire des nouveaux usages, qui par définition, sont encore à créer constitue un exercice un peu vain. De plus, il n’appartient pas aux opérateurs de réseaux multimédia de les déterminer. Leur rôle doit être de donner à vivre leurs réseaux et leurs technologies, de les rendre accessibles pour que les utilisateurs se les approprient et en inventent ces usages. « Un média large bande, personnel, itinérant, adressant toutes sortes d’objets et susceptible de rassembler Paris dans son entier semble à cet égard prometteur », a souligné Rafi Haladjian.

Intervenants : Joaquin ALVARADO (SFSU), Chris FIRTH, Serge FDIDA (Digital Life Lab), Dominique BOULLIER (Lutin), Rafi HALADJIAN (OZONE) et Yves TYRODE (France Télécom).

Ambassadeurs : Agoranov, Baracoda, Blu Wan, Clicmobile-Aksa, Codasystem, Enigma Systems, Kameleon Technologies, Luceor, Mobiluck et Ozone.

Compte rendu réalisé par Zied BOUZIDI, chargé de mission du Réseau européen des Villes Numériques.