La lettre du RVN

Version française
Janvier 2005

Le temps
des
villes intelligentes

L’ouvrage de Jean Bouinot (Université de Paris I) [1] a, depuis deux ans maintenant, été à l’origine de bien des débats entre acteurs territoriaux et spécialistes en matière de transmission de savoirs : faire - refaire d’une certaine manière - de nos villes des hauts-lieux d’une société de l’apprentissage, selon l’expression de nos amis québécois, voilà qui semble bien difficile, voire quelque peu utopique face aux archaïsmes de toutes sortes [2] . Et pourtant.

Offrir, au travers de ses propres efforts (et non ceux, supposés, d’entités étatiques qui n’ont strictement rien à voir en la matière) « un pôle de savoirs et de compétences » qui puisse devenir « un bassin de main d’œuvre hautement qualifiée » - nous citons l’auteur -, est la condition même d’un renouveau de nos territoires. Pendant ces deux années de débats et d’interrogations, il apparaissait difficile de focaliser l’attention sur la nécessaire mobilisation des externalités de savoir ou de connaissance, sources d’avantages compétitifs pour une collectivité et ses habitants. Il est grand temps de passer aux actes, de la manière la plus efficace et la plus concrète possible.

Si en effet le chercheur soulignait alors le rôle des externalités technologiques ou de recherche-développement, il mettait tout autant l’accent sur les externalités dynamiques de savoir  « grâce aux relations cultivées entre les individus ». Il s’agissait là à ses yeux d’abord et avant tout de transferts de connaissances au quotidien, bien plus que de la création d’une « intelligence collective » souvent bien mal comprise.

Les responsables d’une municipalité se devront demain d’anticiper certes le jeu des facteurs individuels de localisation, mais surtout de contribuer, mais surtout, comme le dit Jean Bouinot, à la constitution d’une véritable base de connaissances indispensable à l’amélioration des performances économiques des entreprises déjà installées sur son sol et bien évidemment à l’attraction de nouvelles.

La notion même de « stock de savoirs de la population d’une ville » qui définit son capital humain doit être au cœur de toutes les réflexions de prospective territoriale. Nous devons tout prendre en compte les rapports d’un territoire ou d’un quartier aux savoirs tacites, aux connaissances codifiées ou aux savoirs organisationnels qu’il recèle. Cette base de connaissances constitue la force d’attraction de la ville intelligente de demain. Elle nourrit son image auprès des réseaux d’expertise et d’innovation bien davantage que la communication traditionnelle qu’il convient aujourd’hui de repenser pour s’assurer de la présence internationale de la collectivité - nous nous efforçons de nous y employer au travers d’un programme spécifique -.

Cette ville de l’intelligence et de l’excellence, que 2005 nous aide tous à participer à sa construction. André Jean-Marc Loechel


[1]  La ville intelligente, LGDJ, Paris, 2003.

[2]  « Emploi : le cancre français lorgne sur ses voisins », Le Monde, 24 janvier 2005.