Villes Numériques d'Asie - Juillet 2004
Chronique mensuelle de la Lettre du RVN  
et de sa filiale "Asian Digital Cities"

Chine : des territoires en développement
et des villes laboratoires (1)
L’axe Liaoning - Shaanxi - Sichuan - Guangdong

Introduction au dossier   réalisé sous la direction de Laura Garcia Vitoria, Directeur scientifique

Une première esquisse de l’attractivité des territoires chinois et de leurs potentiels de développement, au-delà de l’axe Pékin - Tianjin et naturellement de Shanghai et Hong Kong, trouve son illustration à travers quatre provinces que l’on peut considérer aujourd’hui comme largement symboliques du développement du pays.

Le futur eldorado du Liaoning et les villes laboratoires de Shenyang surtout, mais aussi de Dalian constituent une bonne entrée en matière en matière de prospective territoriale chinoise. Wen Jiabao, le chef du gouvernement, s’est d’ailleurs rendu récemment à plusieurs reprises dans le Nord-Est.

On citera de manière emblématique les projets reliés au district de Hunnan, au sud de la ville de Shenyang, qui se proposent de devenir pour cette dernière ce qu’est Pudong pour Shanghai. Hunnan sera axé notamment sur les info et biotechnologies, ainsi que sur l’environnement : deux universités y sont ainsi programmées, ainsi qu’un parc de R&D et un incubateur, le tout avec évidemment de très fortes incitations fiscales pour les investisseurs.

Ici, la  croissance annuelle du PIB dépasse les 9% et donc pas loin de celle affichée par Shanghai et Pékin. Elle possède aujourd’hui le second parc automobile du pays, juste après la capitale. Vitrine d’une nouvelle démesure selon certains, l’aspect de cette ville de six millions d’habitants a radicalement changé depuis…la fin des années quatre-vingt dix.

Le port de Dalian est l’illustration même de la restructuration économique à la chinoise, avec d’une part la démultiplication, comme dans tout le Liaoning, de partenariats entre l’Etat et le secteur privé, d’autre part la fermeture au plus tôt de toutes les entreprises d’Etat non rentables. La ville se veut notamment lieu d’accueil pour les partenariats et investissements français, volonté réaffirmée récemment à l’occasion d’une mission organisée par le comité d’échanges franco-chinois de la CCIP. Quoiqu’il en soit, la collectivité entend devenir un territoire leader en matière de hautes technologies à l’horizon 2020. Pour cela, il faut noter de nombreuses expériences originales telles que celle menée par la communauté locale avec l’Unesco en ce qui concerne la formation des paysans migrants. La priorité pour la région est en tout cas de former ou d’attirer les connaissances les plus pointues.

Autre eldorado espéré, à l’intérieur des terres cette fois, le Sichuan, avec Chongqing - une municipalité directement rattachée au pouvoir central -, mais surtout Chengdu. Celle-ci a fait très tôt avec ses responsables locaux le choix de la formation : elle possède aujourd’hui de très nombreuses universités et de multiples centres de recherche.

Et, comme d’habitude lorsque les acteurs territoriaux choisissent de privilégier la formation, l’innovation, la recherche et l’excellence, le succès est au rendez-vous : Motorola y développe un centre de recherche, Intel y installe une usine de semi-conducteurs, un consulat allemand s’y ouvre et la ville devient le quatrième pôle de la présence française dans le pays : Air France va ouvrir un vol direct entre Paris et Chegdu à l’automne 2005, sont d’ores et déjà installés Alcatel, Snecma, Thales, EADS, Veolia…

Xi’an, capitale du Shaanxi et ville historique du centre du pays, tient quelque peu de ce même modèle. Infineon vient d’y installer dans ce qui est devenu la troisième ville universitaire son premier centre chinois de recherche et développement. A mille kilomètres de Pékin, la zone high-tech de Xi’an mise précisément très largement sur les centres de R&D pour se développer.

Mais il nous faut revenir sur les régions côtières qui portent une bonne partie des atouts de la Chine contemporaine. Le Guangdong, on le sait, en constitue la plus parfaite illustration au travers de sa position de province la plus riche du pays. Là, le concept d’eldorado, bien plus qu’au Liaoning et au Sichuan, correspond largement aux annonces des derniers mois : pour ce qui est ainsi de la présence française, 2004 a vu l’ouverture de la ligne directe entre Paris et Canton ou encore l’inauguration des 10 000 m2 du complexe La Perle, le premier centre commercial entièrement dédié aux produits de luxe. Mais le Guangdong, c’est aussi en la matière Shenzen dont aucun des responsables ne semble douter de sa vocation à incarner la silicon valley de la Chine du Sud.
Là non plus, décidément le rêve shanghaien n’est pas loin.
Un rêve qui se développe à l’Est, à partir de l’axe Liaoning - Shaanxi - Sichuan - Guangdong. http://www.villesnumeriques.org