La
lettre du RVN - N° 6 - Septembre - Octobre 2002 EDITORIAL VOULONS-NOUS UNE SOCIETE DE LA CONNAISSANCE ? La fin de la « bulle Internet » ne nous aura donc rien appris. Faute d’avoir écouté quelques analyses de bon sens, on a compromis une évolution de notre vie économique vers d’autres modalités de travail et de prise de décision. Faute d’entendre des arguments basiques en matière de sciences de l’éducation, on a jeté les éléments novateurs que pouvait véhiculer le champ du e-learning et compromis pour longtemps certains projets d’université virtuelle. A défaut d’écouter les acteurs territoriaux demander la prise en compte des connaissances accumulées depuis longtemps sur l’essence identitaire des territoires, on a réussi à faire fuir des responsables motivés et des élus qui étaient précisément à la recherche de nouveaux rapports avec leurs administrés. Et pire que tout, on n’a aucunement pris en considération des avertissements émanants pourtant de personnalités de tout premier plan telles que John Seely Brown (l’ancien directeur du prestigieux centre de recherche Xerox de Palo Alto) et encore récemment résumés par Simon London (Les Echos, 30 septembre 2002) : « Ceux qui continuent à considérer leurs organisations comme des machines à contrôler et à diriger passeront à côté du but ». A l’évidence, certaines sociétés européennes - la société française en tout premier lieu - n’a pas encore su franchir les pas décisifs qui les amèneraient à reconnaître que le savoir, la connaissance, et donc l’innovation et le développement de l’attractivité territoriale étaient aujourd’hui à la base de toute décision institutionnelle ou culturelle. C’est là le véritable danger qu’il va nous falloir affronter dans les mois qui viennent : il nous faut faire comprendre que les règlements, habitudes et volontés régaliennes à tous niveaux ne doivent plus être d’aucun poids face aux préconisations des innovateurs et des chercheurs, des prospectivistes et des scientifiques. L’apport des sciences humaines ou des technologies numériques ne saurait ainsi que transcender les maladies paperassières des petits chefs ignorants. Bien sûr que rendre de légitimes pouvoirs aux territoires et régions - nous n’avons cessé de l’écrire - constitue une urgence majeure. Bien sûr qu’assurer les financements nécessaires à la recherche dépasse toute autre considération. Mais il est à craindre que tout cela ne soit insuffisant si nous n’énonçons pas collectivement de nouvelles règles du jeu et ce tant dans une meilleure médiatisation des réalisations les plus innovantes que dans l’agencement futur de certains établissements publics. Et pour cela il faudra à chaque acteur beaucoup de courage pour tout simplement refuser de mettre en œuvre des oukases ou des rhétoriques d’un autre temps. Le refus d’Antigone sera au cœur du Printemps de l’Europe qui évoque pour sa prochaine édition les grands mythes européens : c’est là tout un symbole, car l’histoire nous rappelle que lorsqu’un corps social allie courage du refus et primauté des savoirs dans lesquels elle se reconnaît et se conforte, celui-ci se montre prêt à toutes les mutations et à tous les dépassements. |