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La lettre du RVN - "
VILLES NUMERIQUES" Comment faire de Paris une technopole de l’innovation ? L’ACTION DU RESEAU EUROPEEN DES VILLES NUMERIQUES A PARIS
Depuis longtemps en effet, nous avons émis analyses et recommandations à de multiples acteurs parisiens afin que les habitants de la capitale puissent saisir les opportunités de nouvelles formes de développement économique. Notre proposition d’organiser à Paris la Journée européenne des Villes Numériques en juin prochain va en ce sens. Le label « Paris Europe » nous a d’ailleurs été donné à cette occasion. Nous avons proposé de fixer à Paris l’adresse d’un réseau de pôles images et de faire de la ville une véritable capitale de l’image. Nous souhaitons de même y créer un centre de documentation et de recherche sur la ville numérique. Bref, faire en sorte qu’elle soit - à travers des manifestations organisées à cette fin - l’écran de l’innovation des villes et territoires européens. Introduire en la matière une véritable « hub culture », selon la formulation de Stan Stalnaker [1]. « Il faut lui donner une image plus forte, en faire une ville numérique » souligne d’ailleurs en ce début d’année 2003 Christian Sautter [2]. UN ETAT DES LIEUX Chacun sait que l’évolution de l’emploi (notamment l’emploi des cadres et du travail qualifié) démontre [3], s’il en était besoin, l’urgence de mesures fortes. Plus grave encore, l’étude de l’association Paris - Ile-de-France Capitale économique relative à l’attractivité économique de treize grandes métropoles européennes montre que Paris est désormais devancé non plus seulement très largement par le Grand Londres, mais également par Barcelone. Nous avions déjà souligné certaines stratégies qui faisaient que quatre villes notamment sont devenues singulièrement attractives pour de nouvelles entreprises à la recherche d’une implantation : il s’agit bien évidemment de Francfort (+ 22%) et de Madrid (+ 38%) - deux villes où nous aurons l’occasion de faire le point en 2003 à travers des séminaires - ; mais il s’agit également de villes comme Bruxelles, mais surtout et avant tout - nous suivons son évolution depuis deux années - Düsseldorf (+ 81 %). A cet égard, il est essentiel de prendre en compte le récent rapport d’Eurostat sur l’Europe du high-tech et notamment les données portant sur le niveau régional : neuf régions parmi les dix premières de l’Union européenne pour l’emploi dans les industries high-tech sont allemandes. On sait notamment que les villes les plus performantes en la matière sont Stuttgart, Tübingen, Braunschweig et Karlsruhe. Une seule région française figure dans ce palmarès, mais - hélas pour la région francilienne - il s’agit de la Franche Comté : l’Ile de France ne garde toute sa prédominance que dans les services dits à forte intensité de connaissance. Il y a là un chantier à ouvrir rapidement. Malgré une même chute des investissements, Dublin et Budapest suivent le trio de tête des métropoles européennes attractives ; il faut surtout noter que pour ce qui est de l’implantation de fonctions stratégiques par des sociétés internationales, qu’il s’agisse d’un centre de recherche ou du quartier général par exemple, Paris, malgré une remontée importante (9%), reste largement devancée par la capitale irlandaise (16%). LE PLAN LOCAL D’URBANISME : PROSPECTIVE ET HISTOIRE. Les débats sur le PLU auxquels nous avons eu l’occasion de participer ont naturellement largement pris en compte ces données. Le Paris de 2020 dessine en effet ses contours au travers notamment de son noyau central échappant enfin en partie à la circulation - ce qui non seulement ne constitue pas nécessairement un frein à l’activité économique, mais peut tout au contraire la faciliter au travers de la création de véritables pôles de compétence dont la capitale est aujourd’hui en grande partie dépourvue, et ceci notamment pour ce qui est des activités innovantes -. L’esquisse aujourd’hui débattue après quinze mois de réflexion menée dans les vingt arrondissements a été soumise aux conseillers de Paris le jour même de l’inauguration de l’exposition de la Bibliothèque nationale consacrée au Paris d’avant Haussmann. Pour imaginer les aménagements à réaliser aujourd’hui, il est absolument essentiel de prendre acte avec précision des propositions qui pendant plus de trois siècles ont été celles des cartographes, des inventions et suggestions qu’ils ont pu recueillir au cours de leur travail [4]. QUELQUES PISTES Les atouts pour créer à Paris un haut lieu de l’innovation suppose ne pas viser seulement à créer un véritable territoire de haute technologie en développant pépinières et hôtels d’activités. On sait bien qu’il faudra tout un travail de réactivation des liens avec des institutions de recherche, mais également faire de la collectivité un acteur de plein droit dans ce domaine et songer par exemple à un financement territorial complémentaire (même si la contribution est peu importante) de certaines activités de recherche et développement. Avant tout, la ville doit impérativement produire pour les acteurs franciliens une réelle visibilité sur ces questions : comme cela a été évoqué dans un groupe de travail sur les nouvelles technologies, il faut une maison des technologies du numérique et de la convergence, il faut des lieux de rencontre et de débat fournissant des matériaux comparatifs à l’échelle européenne en matière de prospective territoriale ; il faut créer de nouveaux liens, à l’échelle locale, entre les acteurs culturels et des représentants d’entités économiques particulièrement innovantes, des spectacles de rue utilisant des réseaux Wi-Fi, de vrais lieux d’initiation - ce que peut devenir l’espace de la Gaieté lyrique par exemple - et non des espaces multimédia caricaturaux où les animateurs manquent autant d’information que de formation. Il faut démultiplier les liens entre des villes européennes chantiers du numérique et bâtisseuses de sociétés locales de la connaissance. Permettre à des habitants de Hambourg, Tampere ou Valencia de suivre à distance des débats entre parisiens et réciproquement. Des débats qu’il faudrait ne plus jamais tenir sans que les participants aient reçu une bonne information sur la manière dont tant de quartiers ont pu se transformer, créer des entreprises et des emplois. Susciter la curiosité en marge de ces rencontres en proposant des usages nouveaux pour certains outils de la mobilité - proposer ainsi aux jeunes d’un quartier d’écriture leurs moblogs -. Multiplier les conférences consacrées à de nouveaux horizons économiques et des aventures entrepreneuriales. Proposer des dossiers en ligne au monde scolaire et universitaire en matière de prospective urbaine ou de visites virtuelles de quartiers… Une manifestation comme le Printemps de l’Europe
2003 et bien évidemment notre journée européenne de juin prochain constitueront
l’occasion non seulement de préciser l’état des lieux, mais également
de mettre en œuvre un certain nombre de projets. André Jean-Marc Loechel [1] Hub Culture, Singapour, 2002. [2] Entretien de l’adjoint au maire de
Paris chargé du développement économique avec Virginie Robert, Les Echos.net,
27 janvier 2003.
[3] Non seulement 150 000 emplois ont été ainsi perdus dans la décennie des années quatre-vingt dix, mais en une seule année, d’octobre 2001 à octobre 2002, le nombre d’emplois perdus a encore augmenté de 20 %. [4] On se reportera au travail de Jean Boutier Plans de Paris des origines (1493) à la fin du XVIIIème siècle, BNF, Paris, 2002. |