Circuits de l’innovation
Pôle numérique: “Maison communicante et bâtiment intelligent”
Centre de Recherche et de Développement EDF, Clamart,
22 juin 2006

schemaLa journée fut consacrée aux nouvelles technologies utilisables dans la maison, à la domotique, mais aussi à l’énergie.

Avant de nous lancer dans les développements actuels et futurs de la domotique, il est bon d’effectuer un retour dans le passé, sur les expériences des années 90 plus spécifiquement, il est bon de se pencher sur les expériences des années 90 : qu’ont-elles apportées, comment ont-elles été perçues, pourquoi n’ont-elles pas fonctionné? L’ingénieur Véronique Beillan a répondu à ces questions. Les objets sociaux sont basés sur des développements sociétaux qu’il faut donc chercher à comprendre afin de mieux innover. Aujourd’hui, il y a une déstandardisation du mode de vie, une individuation. Les individus veulent en effet pouvoir disposer d’une grande liberté et autonomie dans leurs choix tout en gardant les valeurs d’un groupe, en ne s’en démarquant pas trop. Les formes familiales sont également beaucoup plus complexes, les étapes de la vie d’une personne ne s’enchainent plus linéairement. On passe du statut marital à un statut de célibat très rapidement et ce plusieures fois dans sa vie. Ces changements ont aussi influencé le mode de consommation des personnes. En plus de ce changement fréquent de statut, le mode de vie s’est modifié. En France, 80% des femmes entre 25 et 49 ans travaillent. Il y a également beaucoup plus de familles monoaretnales qu’auparavent. Les conditions de vie se sont améliorées et la durée de vie avec, le nombre de personnes agées a donc énormément augmenté. Toutes ces modifications ont créé des besoin réels en matière de domotique. Les femmes ont besoin de pouvoir se débarasser plus rapidement de leur tâches ménagères et les personnes agées doivent être aidées. La rapidité et le service à la personne sont ainsi devenus des mots clefs.

Pourquoi alors la domotique n’a-t-elle pas pris son essor dans les années 90, alors que l’offre existait déjà? Tout simplement parce que l’offre et la demande ne se sont pas rencontrées.
Il y a tout d’abord eu une résistance des habitants vis-à-vis de ces nouvelles technologies. Car ces techniques, si elles vous simplifient la vie font aussi peur. Peur de la panne, peur de ne plus pouvoir maîtriser tout à fait son environnement. Les technologies sont aussi parfois allées trop loin, les habitants ne sont pas près à déléguer toutes les tâches, certaines leur tiennent à cœur. Enfin, ces technologies étaient trop nouvelles, elles ne se basaient pas sur des technologies déjà existantes, ce qui les a rendues plus dures d’accès. Si les habitants ont résisté, l’offre non plus n’a pas favorisé le développement de la domotique. Ces technologies n’ont ainsi pas été testées dans de bonnes conditions. L’habitat collectif social a beaucoup été mis à contribution. Hors, on lui a imposé ces nouvelles technologies, l’utilisateur les a donc naturellement rejetées. Une partie des testeurs était également agée et n’a donc pas réussi, ou pas voulu, s’adapter à ces nouvelles technologies. Si les tests n’ont pas été conduits dans le bon cadre, les objets en soit n’étaient pas encore adaptés à la demande. La domotique doit se faire discrète, s’intégrer dans le décor et non se montrer impérialiste comme elle le fit alors.

Afin que l’innovation prenne aujourd’hui son envol, il faut garder à l’esprit que les gens veulent de l’aide et non être remplacés (pouvoir revenir à une programmation manuelles des objets à tout moment) et qu’ils souhaitent également de la discrétion. Dernièrement, il ne faut pas envisager les objets un à un mais par système d’objets (un bouquet d’objets permettant de réaliser du début à la fin une action donnée par exemple).

Cette amélioration de l’habitat doit également être reliée au contraintes de notre époque: la hausse du prix du pétrole, la possibilité de black out énergétiques (comme cela s’est produit en Californie), la hausse de la réglementation sur la consommation de l’énergie (surtout au niveau européen). Néanmoins, la percée des énergies renouvellables pourra peut-être, à terme, résoudre le problème. L’innovation de nouveaux procédés, objets, est nécessaire afin de faire face à ces nouvelles contraintes. En ce moment, dans les pays développés, on assiste à une convergence numérique: l’audio, la vidéo, le web, l’image et la téléphonie sont regroupés. Ce regroupement permet de centraliser les informations et aussi de les faire transiter entre les différents supports. Le consommateur pourra donc tout d’abord être informé de sa consommation, puis il pourra piloter les appareils de sa maison et enfin il pourra ajouter à cela le pilotage de ses énergies renouvellables. Le consommateur pourra accéder à ses informations à partir de la télé, être informé sur son téléphone portable ou encore être mis au courant par sa chaîne stéréo s’il est chez lui et que quelque chose d’anormal se produit. La gestion a distance de sa consommation ou du fonctionnement de ses appareils est également très attractif, la téléassistance et la télémaintenance sont aussi tout à fait envisageables).
Cependant, même si cette amélioration de la domotique peut avoir un effet bénéfique sur l’environnement, il ne faut pas oublier que les réductions liées au process (fonctionnement ou non et intensité de l’utilisation des appareils électriques) sont bien inférieures au réductions possibles qui sont liées au comportement. La technologie ne pourra donc pas tout faire seule.
Pour en revenir au thème principal de l’innovation, pour atteindre l’objectif final où tous les appareils de la maison communiqueront entre eux et informeront le consommateur de la manière la plus appropriée possible, il y aura bien entendu des obstacles à surmonter: la complexité de l’installation, la vitesse de renouvellement des technologies et enfin le prix et la sécurité des équipements. La difficulté technique ne doit pas non plus être sous-estimée. Aujourd’hui, si on peut brancher un module additionel sans trop de difficultés sur un PC, il n’en est pas de même dans une maison. Il n’existe actuellement de standard à ce niveau là, bien au contraire. Malgré les difficultés, l’offre domotique est déjà sur le marché et continue à se développer.

  • Exemple concret avec la société Edelia.

Aujourd’hui, chaque maison est équipée d’un compteur d’eau et d’un compteur d’éléctricité. Ces deux éléments pourraient par la suite être remplacés par une “Energybox intelligente”. En reliant la boîte avec les objets par radio, les informations collectées peuvent ensuite être transmises par adsl ou GPRS au serveur qui pourra alors établir des prévisions sur la comsommation future. Si la consommation prévue diffère trop de la réalité, l’habitant sera prévenu par un système d’alerte lui indiquant un possible problème. Ce système d’alerte pourrait également bénéficier aux personnes agées ou seules: si leur consommation d’eau chute alors qu’elles sont chez elles, une alerte pourrait être envoyée à une plate-forme médicalisée.

  • Exemple concret développé par EDF

EDF a mis au point une jauge à énergie capable de montrer au consommateur où il se situe par rapport au budget qu’il souhaitait dépensé cette année là. Cette somme est calculée d’après la superficie de la surface habitable et température souhaitée par le consommateur. Il est ainsi prévu qu’un utilisateur doit consommer tant d’énergie pendant la période hivernale, puis tant pendant la prériode saisonnière. Le consommateur se rend ainsi compte s’il dépense plus ou moins que prévu et peut donc modifier en conséquence sa consommation.

En conclusion générale, les nouvelles technologies peuvent apporter beaucoup à l’habitat. Elles permettront de le rendre plus sûr, plus économique au niveau de l’énergie, même s’il reste encore de gros progrès à faire à ce sujet. La technologie est déjà capable de faire beaucoup, mais aujourd’hui, un des principaux défis est de réussir à faire que les différents innovateurs collaborent entre eux afin que les technologies soient compatibles entre elles. S’ils ne le font pas, un groupe s’imposera certainement mais des technologies qui auraient pu être très intéressantes seront perdues dans le processus.

Intervenants: Jacques Odou (EDF), Jacques Allard (Edelia), Véronique Beillan (EDF), Yves Dherbecourt (EDF), Dominique Feldmann, Frédéric Deschamps (EDF) et Francis Suarez (EVERBAT).

Compte rendu réalisé par Anne Boultareau, chargée de mission du Réseau européen des Villes Numériques.