La ville du 3ème millénaire

Conférence par Mr Veltz lors du 2ème Salon Européen de la Recherche et de l’Innovation

Paris, 8-11 juin 2006

 

Monsieur Veltz, chercheur en sociologie, ancien directeur de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, a profité du 2ème Salon Européen de la Recherche et de l’Innovation qui s’est tenu à Paris du 8 au 11 juin dernier pour présenter la ville d’aujourd’hui avec ses forces, ses faiblesses et ses défis. Je reprends ici ses propos.

Pour commencer, des chiffres: au début du 20ème siècle, il y avait environ 150 millions de citadins, ils aujourd’hui sont trois milliards et il est prévu que 60% de la population mondiale soit citadine d’ici 2030. Cette croissance urbaine se réalise surtout dans les pays du Sud, cette croissance vertigineuse est angoissant étant donné les infrastructures requises pour une urbanisation réussie. Les pays du Nord ont eu 200 ans pour effectuer cette urbanisation, les pays du Sud le feront en quelques décennies seulement. Pour autant, l’unité d’analyse est peut être mal choisie. On parle toujours de la croissance d’Etats, hors, la plupart du temps, ce sont seulement quelques villes de cet Etat qui se sont développées et non pas l’ensemble du territoire. La Chine en est un exemple : seule la côte et ses métropoles s’urbanisent. C’est pour cela que l’on parle parfois d’une économie en archipel qui se superpose à celle des Etats-nation. Ainsi, la grande majorité des IDE passe d’une grande zone métropolitaine à une autre, et ne vont pas, comme on le pense souvent, des zones développées vers celles en développement. L’économie mondiale tourne ainsi autour de 4 grands pôles : deux en Amérique du Nord, un en Asie et en Europe de l’ouest.
On pourrait penser que plus les communications sont fluides et plus les activités sont réparties. En réalité c’est exactement le contraire qui se produit : plus les communications sont fluides et plus on va vers une polarisation. La fluidité des échanges permet en effet de révéler les avantages économiques de l’agglomération qui sont :
– la possibilité de réaliser des économies d’échelle
– la diversité inhérente à la grande ville
– permet l’émergence de nouveaux services, produits , ce qui ne serait pas possible dans de plus petites entités
– la grande villes joue un rôle d’assurance : plus facile du retrouver du travail sur un marché du travail important que dans une micro-économie

La surproductivité urbaine est liée à la taille effective du marché de l’emploi, c’est une externalité positive.

Il ne faudrait cependant pas croire que la ville est quelque chose de facile à manier, à contrôler. La ville (dans les démocraties du moins) n’est pas un système technique finalisé, il est ouvert, les gens se promènent très librement et prennent des décisions de manière asynchrone et décentralisée. Il est donc dur de définir sa forme urbaine. Même si les urbanistes et les autorités tentent de modeler la ville, au final, c’est l’individu qui décide du lieu où il va vivre et q ui par là mêm e déclenche u n enchaînemen t non vertueux. Cependant, il y a bien entendu un besoin très important de nouvelles techniques pour que les villes qui s’urbanisent rapidement obtiennent l‘infrastructure minimale nécessaire.

En conclusion, la ville doit maintenant affronter plusieurs grands défis :
– la mise en place des services essentiels (eau, électricité etc.) dans les villes
– la réduction des inégalités à l’intérieur même des villes (ces inégalités étant plus fortes à l’intérieur d’une ville qu’entre différents départements)
– la durabilité : le point de vue énergétique et l’émission de gaz à effet de serre
Il faut donc créer des villes plus intelligentes, plus sobres, plus fonctionnelles peut-être : mais comment ?

Anne Boultareau, chargée de mission du Réseau européen des Villes Numériques