André Jean Marc LoechelIntelligence informationnelle et nouveaux paradigmes relationnels entre acteurs territoriaux

Résumé

Intelligence informationnelle et nouveaux paradigmes relationnels entre acteurs territoriaux
Modèles, protocoles, variables prises en compte, typologies, spécificités de l’intelligence informationnelle, comparaisons internationales, standardisation

Nom de l’auteur: Loechel André Jean Marc

Date de rédaction : 01/06/2006

Modèles, protocoles, variables prises en compte, typologies, spécificités de l’intelligence informationnelle,
comparaisons internationales, standardisation

Intelligence informationnelle et nouveaux paradigmes relationnels entre acteurs territoriaux

André Jean-Marc Loechel
Président du Réseau européen des Villes Numériques (RVN)

Introduction

Le Réseau européen des Villes Numériques développe depuis près d’une décennie des stratégies de synergies, de collaborations et de mutualisations entre les acteurs territoriaux. L’intelligence informationnelle constitue son quotidien et la diversité des horizons culturels et cognitifs le cadre de son action qui vise de fait la construction de relations de confiance entre collectivités locales.

Après le suivi des réalisations produites par la mise en réseau de plus de cent quarante territoires en Europe, mais aussi plus récemment en Asie au travers de la création d’Asian Digital Cities, les rencontres Paris -Pékin constituent une occasion pertinente de mise en perspective de ces actions et observations au travers d’une typologie des liens créés, de leur permanence et des mécanismes qui ont présidé à leur élaboration.

C’est donc très naturellement au spectre du « comment » que nous songeons avant tout au travers de nos champs d’observation des vecteurs de confiance dans l’intelligence informationnelle mise en œuvre par les territoires.

Nos retours d’expérience confortent, sur deux points notamment, les axes énoncés dans la formulation de la problématique retenue pour ce colloque.

I – Le primat cognitif des relations de confiance

construites entre acteurs territoriaux.

La mise en réseau entre territoires dépend aujourd’hui très largement des apports cognitifs réciproques et leur faiblesse constitue à l’évidence la causalité majeure des échecs enregistrés.

La connaissance – parfois intime – de l’univers culturel de l’interlocuteur s’avère maintes fois nécessaires dans le développement notamment de nouvelles formes de relations économiques – ainsi en est-il des mutualisations informationnelles déployées en vue d’une meilleur partage des marchés par des entreprises de divers territoires afin d’éviter des processus de délocalisation d’activités -.

Trois grands constats peuvent ici être convoqués.

A – Quand ce primat cognitif devient une réelle exigence des acteurs économiques à l’égard de la gestion territoriale…

L’exemple des nouveaux opérateurs de télécommunication s’avère à cet égard fort intéressant : pour assurer une vraie rentabilité des infrastructures, ils recherchent de plus en plus des territoires où les collaborations à ce stade des collectivités territoriales sont effectives.

Et ces collaborations ne sauraient évidemment avoir la force nécessaire sans des objectifs proches dans la gestion des contenus locaux et par là-même une excellente connaissance de leurs spécificités réciproques. Ce fait, à lui tout seul, explique maints échecs de projets transfrontaliers par exemple.

B – Quand la spatialisation des compétences devient un défi cognitif …

C’est aujourd’hui ainsi tout particulièrement le cas également – ce sera notre second exemple – des pôles et réseaux de compétences et de compétitivité dont il s’agit de mieux assurer la gestion concrète de leurs relations et rapports informationnels [1] .

Afin de les conforter et les développer, le RVN a ainsi commencé récemment une analyse relative aux liens entre polarités d’expertise et pôles de compétitivité – liens quasi-emblématiques par rapport au sujet même du colloque – et où les méconnaissances des champs thématiques réciproques – contrarient fortement les possibilités de maints financements européens.

C – Quand enfin la genèse de nouveaux services nécessitent des voies originales de création de valeurs territoriales…

Dernier exemple, l’attractivité des territoires, la construction de leur image, la crédibilité de celle-ci ouvrent nécessairement pour les responsables locaux des chantiers encore peu concevables à la fin du siècle dernier.

Ainsi en est-il des innovations dans l’expérience visuelle, voire sensorielle porté par les espaces publics à l’instar des nouveaux aménagements des surfaces de vente par exemple, avec la démultiplication par exemple des écrans dans la ville ou encore des modalités urbaines du déploiement de l’accès haut débit à travers les réseaux maillés Wi-Fi urbains.

Laura Garcia Vitoria [2] montre ainsi qu’au travers de ce nouveau type d’infrastructures et de pratiques issues de la géolocalisation des données et du marquage de l’espace par tous ceux qui fréquentent ces espaces, ce qui est en question c’est la création d’un véritable environnement immatériel de savoirs et de connaissances à notre disposition tout autour de nous au travers notamment des réseaux sans fil.

II – Le partage institutionnel des intentionnalités d’être ensemble à l’échelle des réseaux territoriaux

Le partage de telles intentionnalités, s’il se reflète notamment à travers les flux d’échanges d’informations construits entre acteurs locaux, ne prend néanmoins l’essentiel de ses motivations qu’au travers des structurations institutionnelles et les nouveaux instruments de collaboration dont la démultiplication constitue l’un des facteurs de la complexité présente et future de la gestion des collectivités territoriales (on songera par exemple aux instruments de la nouvelle politique de voisinage de l’Union européenne).

Là encore une rapide analyse de trois mécanismes présupposés volontaristes et par essence éminemment intentionnels peut illustrer notre problématique commune.

A – Les heurts et malheurs territoriaux de la stratégie de Lisbonne

L’intentionnalité territoriale a souvent été à ce jour la grande oubliée de la stratégie de Lisbonne qui devait caractériser en fait le futur de la construction européenne. Ses déclinaisons diverses si attendues n’ont aujourd’hui encore caractérisées qu’une partie de l’action des régions européennes.

A l’avenir, elle seule pourra assurer pourtant les grandes missions à venir des instances régionales : intentionnalité commune dans le portage de la recherche et des transferts technologiques dont les collectivités devront être partenaires, intentionnalité également dans leur contribution à la formation des habitants sous l’égide des acteurs locaux. Tous domaines où la confiance, justement, joue un rôle à l’évidence majeur.

B – Les réseaux d’excellence construits sous l’égide de la Commission européenne

Les réseaux d’excellence, là encore, verraient leur démarche d’avantage crédibilisée et renforcée par la participation – aux côtés des organismes d’enseignements et de recherche, aux côtés également des laboratoires et des entreprises – des acteurs territoriaux eux-mêmes.

Alors même qu’ils pourraient renforcer les intentionnalités des institutions et organismes présents sur leurs territoires, ceux-ci peinent eux-mêmes en fait à articuler leurs propres exigences d’échanges.

C – Une illustration emblématique : la coopétition euro-méditerranéenne.

Notre récente analyse – menée sur la demande de la Commission européenne – des résultats obtenus par les acteurs régionaux euro-méditerranéens en matière d’impacts économiques et sociaux des infotechnologies et présentée ce mois-ci à l’occasion de la conférence EUMEDIS d’Alexandrie permet de mesurer combien au contraire, et conformément d’ailleurs à sa tradition, la tradition méditerranéenne de démultiplication des intentionnalités collaboratives contribuait considérablement à l’intelligence territoriale.

Le concept même de coopétition constitue d’ailleurs une bonne illustration de telles démarches, montrant combien ces collaborations permettent de mettre en place les conditions d’un marché compétitif et une saine rivalité entre régions, villes et territoires. L’histoire des réseaux urbains de l’Antiquité en attesterait au demeurant si besoin en était.

Conclusion

Nous nous sommes proposés de souligner tout particulièrement dans la présente intervention deux mécanismes observés au quotidien par les acteurs de notre Réseau :

  • en tout premier lieu, le rôle majeur joué par les vecteurs d’identité [3] en termes d’approche informationnelle et de constructions des synergies opérationnelles auxquelles nous tentons de contribuer. C’est là une illustration majeure du primat cognitif évoqué.
  • en second lieu, la place de tels vecteurs – un fait trop peu mis en avant – dans la boîte à outils de l’innovation si souvent maladroitement co-construite par les acteurs économiques et territoriaux. Et c’est là que nous retrouvons nos processus d’intentionnalité qui, pour l’essentiel, on l’a dit, attendent encore une réelle concrétisation.

Ces deux composantes – bien ou mal gérées – sont en tout cas sur le point de construire, sous nos yeux, l’intelligence informationnelle des territoires de demain. De nouveaux horizons d’une nouvelle culture de la confiance restent néanmoins – nous le mesurons chaque jour – à élaborer, voire à imaginer.


[1] Le RVN rassemble les réseaux européens de l’innovation à Nancy à l’automne prochain.

[2] On se reportera à sa remarquable contribution au sein même de ce colloque.

[3] Il s’agit là d’un point central développé dans notre thèse (Le mythe de Venise, thèse soutenue à l’Université de Grenoble II en 1992).