Nom de l’auteur: GARCIA VITORIA Laura

Date de rédaction : 10/04/2006

Intervention « Esquisse pour la troisième francophonie »  au colloque La mondialisation, une chance pour la francophonie « , Paris, Sénat, 27 et 28 avril 2006. Présentation structuré:

Introduction

I – Un triptyque d’opportunités.

  • 1 – Une chance d’abord au travers des mutations technologiques qui l’accompagnent
  • 2 – Une chance aussi du fait de la vision globale spatio-temporelle qu’elle suppose
  • 3 – Une chance enfin du fait même de l’ouverture à l’économie qu’elle impose

II – Trois démarches pour gagner.

  • 1 – Un club francophone de l’innovation
  • 2 – Un consortium francophone des pôles de compétitivité.
  • 3 – Un groupe de travail voué à l’expérimentation en matière de nouveaux supports et messages

Conclusion

Introduction

schemaLa mondialisation, une chance extraordinaire pour la francosphère? Pour nos réseaux internationaux d’enseignants et de chercheurs (ARENOTECH) comme pour nos réseaux d’acteurs territoriaux (Le Réseau européen des Villes Numériques et l’ensemble des structures, entités et démarches qu’il coordonne), la réponse – au travers de nos actions quasiment quotidiennes – ne saurait faire le moindre doute, et ce en effet du fait de vecteurs multiples que nous avons eu l’occasion d’analyser tout au cours de ces dernières années.

I – Un triptyque d’opportunités

Les opportunités s’avèrent multiples, nous en retiendrons trois, que nous traduirons ensuite par trois propositions.

1 – Une chance d’abord au travers des mutations technologiques qui l’accompagnent

Le français peut être demain une langue de l’innovation, pour ne pas dire la langue de l’innovation si – nous tous francophones, avec toutes nos diversités, nous le voulons vraiment -, ne serait-ce que parce que l’outil linguistique qui en constitue, aux côtés naturellement de nos valeurs, le soubassement, a en partie souvent joué ce rôle dans le passé, qu’il y est donc relativement bien adapté et qu’il en tire d’ailleurs une partie de ses raisons d’être. Sphère linguistique des innovations sociétales bien sûr, des innovations culturelles à l’évidence, mais aussi – et cela, bien à tort, on le dit moins – des innovations technologiques. L’hésitation est évidente, nous le savons tous, devant le déluge des acronymes et concepts issus du monde anglophone. Pour nous qui parcourons la planète pour évoquer les mutations technologiques et ses défis (ARENOTECH a, à ce jour, organisé plus de 500 séminaires et rencontres que vous trouverez sur notre site), l’hésitation n’est pas de mise : après quelques explications généralistes presque en effet toujours fournies en anglais, l’interlocuteur – lorsqu’il s’agit pour lui de prendre du recul et analyser les processus intellectuels à l’œuvre en termes de gestion des connaissances – revient non seulement tout naturellement à sa propre langue, mais aussi – et cela peut souvent constituer une surprise pour tous ceux qui n’en font pas régulièrement l’expérience -, évoque ici et là des mots en français ou issus du français (fut-il médiéval !). De cet état des choses, nous n’avons encore les uns et les autres tiré tous les enseignements nécessaires : c’est pourtant aujourd’hui le moment d’en prendre conscience et d’en analyser les mécanismes, et nous espérons sincèrement que ce colloque pourra contribuer à amorcer une telle démarche.

2 – Une chance aussi du fait de la vision globale spatio-temporelle qu’elle suppose

Si la présence spatiale sur plusieurs continents constitue l’un des lieux communs de la vieille francophonie – même si l’on n’en a guère déduit, et de loin, toutes les collaborations à mener entre les aires culturelles et linguistiques, au sein des langues latines par exemple -, on a bien moins évoqué les approches qui peuvent être les nôtres de l’articulation des modes temporels. En dépit du fait que nous savons parfois mieux dire le passé que le futur (1), les économies innovantes – même si elles s’avèrent souvent et à juste titre gourmandes en matière de formulations prospectives (et il faudrait que la francophonie là encore en tienne bien davantage compte qu’elle ne le fait encore aujourd’hui) – et les processus de l’innovation se développent aujourd’hui bien davantage sur des territoires qui savent conjuguer la gestion des identités et des patrimoines avec un présent souvent vécu au futur (y compris – et il n’y a là aucune contradiction réelle – avec ses déclinaisons les plus négatives d’une certaine peur de l’avenir). Pas de compétitivité ou d’attractivité territoriale donc (cela, nos équipes le savent pertinemment) sans capacité à jongler avec les déclinaisons temporelles du hier et du demain.

3 – Une chance enfin du fait même de l’ouverture à l’économie qu’elle impose

On n’imagine pas aujourd’hui un discours sur la mondialisation sans référence aux mutations économiques qui caractérisent nos sociétés. Même si parfois la superficialité des propos tenus peut agacer, il n’en est pas moins vrai qu’un tel état de fait amène la francophonie – et elle le fait, il est vrai, un peu tardivement – à s’ouvrir précisément à l’économie et plus particulièrement à la nouvelle cartographie de nos territoires et à leurs rapports inédits au savoir. Autrement dit à la spatialisation territoriale des compétences et des connaissances, au fait que l’attractivité et la compétitivité ci-dessus évoquées apparaissent d’abord comme le résultat d’une agglomération des savoirs, d’une interactivité entre entreprises et lieux de formation, laboratoires de recherche et entités entrepreneuriales. Chance – potentielle – fabuleuse pour la francophonie, lorsque là encore elle affiche la volonté du primat de la rencontre, de la collaboration et des synergies : pour se parler, il faut avoir des choses à se dire au-delà du développement logiciel et de la pertinence des algorithmes ; pour que l’excellence de la recherche apparaisse, il faut le recul que nous avions d’emblée évoqué, il faut la cooptation des disciplines, il faut en un mot la coopétition au-delà de la stricte compétition.

II – Trois démarches pour gagner.

Ces opportunités, ils nous semble que nous pouvons les mettre à profit et les valoriser au travers des propositions suivantes, toutes trois issues du récent Forum  » Francophonie et nouvelles technologies  » organisé les 22 et 23 mars derniers à Timisoara en partenariat avec le Réseau européen des Villes Numériques.

1 – Un club francophone de l’innovation

Plusieurs intervenants – tunisiens, marocains et canadiens notamment – ont eu l’occasion, dans le cadre de ce Forum , de formuler le souhait – pour reprendre justement l’expression de Dominique Wolton – de création d’un CLUB réunissant notamment les acteurs économiques et technologiques, des représentants de grandes entreprises par exemple, et dont les déclinaisons locales constitueraient , comme certains autres clubs aujourd’hui – aux côtés de l’ensemble des instances officielles, une source d’opportunités pour tous ceux qui les rejoignent :  » créer un espace public francophone, un espace de communication, un rituel commun… La francophonie de demain, c’est aussi des lieux de rencontre, pour que les hommes se retrouvent » (2): cette phrase est souvent revenue dans les discussions et débats en Roumanie.

2 – Un consortium francophone des pôles de compétitivité.

L’Université Polytechnique de Timisoara a proposé aux participants du Forum de rapprocher les acteurs des pôles de compétence et de compétitivité qui se développent aujourd’hui dans le monde francophone. Cette proposition – symbolisée par l’idée de créer à Timisoara même un Institut de la compétitivité s’adressant à l’ensemble de la francosphère – a été d’emblée reprise avec enthousiasme dans le cadre de nombreuses conversations au moment même du Forum, mais également dans les journées qui s’en sont suivies. Les acteurs multiples de ces nouveaux territoires de la connaissance – il est intéressant de noter que ces projets ont la même chronologie que celle de l’organisation institutionnelle de la francophonie – recherchent aujourd’hui modèles et références pour leurs analyses et leurs projets : il apparaît ainsi impératif de leur proposer un espace privilégié de collaborations et de synergies. Il nous semble important d’apporter tout notre concours à cette proposition – merci de vous en faire tous écho – et ainsi de réfléchir ensemble à l’aménagement de nos territoires.

3 – Un groupe de travail voué à l’expérimentation en matière de nouveaux supports et messages.

Via un groupe de travail par exemple rattaché aux institutions francophones, il nous faut ensemble permettre de concevoir et de réaliser des expérimentations très concrètes au travers de nouveaux dispositifs afin de mieux saisir les opportunités de leur utilisation en ce qui concerne les enjeux que nous évoquons ici : les futures bornes installées dans les espaces publics permettant la diffusion de journaux, le marquage de l’espace, la géo-information – sa spatialisation -, les chaînes de programmes sur demande basées sur une infrastructure de géolocalisation, les vidéoblogs, la réalisation de journaux télévisuels par les habitants, la balado-diffusion des connaissances, les applications de la réalité augmentée qui nous donne à voir, au travers de nos lunettes un monde environnant légendé, fléché, annoté et surligné, où le nom de chaque monument apparaît dès qu’il entre dans le champ visuel et où la signalétique et son véhicule linguistique semblent accrochés sur le réel, bref l’informatique ubiquitaire dont on sait qu’elle est sur le point de transformer assez largement nos espaces de vie.
Un site qui propose des cours de chinois en ligne propose le premier podcast francophone pour l’apprentissage du chinois afin d’amener les cours au format MP3 partout : on y trouve, pour agrémenter vos déplacements, les caractères chinois de base, des fables et des chants populaires annotés, ainsi que des comptines ou des poèmes. L’inverse pourrait être vrai. Alors, la francophonie pourra aussi contribuer à forger une nouvelle géopolitique des idées et des pratiques.

Conclusion

Si la francophonie, chers collègues et amis, a à l’évidence des compétiteurs, des envieux et peut-être – certainement même… – quelques dénigreurs, elle a en réalité un ennemi et un seul, que la duplicité de certains acteurs insinue parfois dans ses propres rangs: l’ignorance. L’ignorance des outils à notre portée, des dispositifs qui peuvent nous aider, des usages porteurs d’autant de stratégies gagnantes. L’ignorance aussi et peut-être surtout des autres, de leur histoire et de leur culture.
Si donc la mondialisation se montre aujourd’hui, à nos yeux d’acteurs de terrain, tissée d’incroyables opportunités, nous ne devons pas pour autant faire montre d’oubli, voire de naïveté : l’économie du savoir, en genèse aujourd’hui sous nos yeux, nous interdit à jamais rhétoriques incultes et bavardages ignorants sur la citoyenneté en action, l’intelligence collective prête à consommer et autres balivernes du Café de l’Internet.
Allons dans les laboratoires, discutons avec les chercheurs et jeunes entrepreneurs, adoptons des stratégies de conquête, voire de reconquête : alors, en 2050, un américain sur quatre parlera l’espagnol, les étudiants d’Oxford seront plurilingues et la francophonie un horizon de rencontres et de valeurs.
C’est à cela – à cette vision, voire à cette audace – que je vous appelle. Je vous remercie de votre attention.

Notes

1. En soulignant cela, nous n’oublions donc pas la mise en exergue d’éléments plus négatifs comme cela nous a été demandé, même si notre objectif est ici de penser davantage aux options gagnantes qu’aux regrets, voire aux contacts futiles ou inutiles.
2.  » Demain la francophonie « , Paris, 2006.

Programme

FESTIVAL FRANCOPHONE EN FRANCE
LA MONDIALISATION, UNE CHANCE POUR LA FRANCOPHONIE
Palais du Sénat, Paris (Salle Clémenceau) – 27 et 28 avril 2006

Organisation : Sénat, sous le haut patronage du Président du Sénat
Direction scientifique : Dominique Wolton – Coordination générale : francofffonies
Partenariat : Association pour la diffusion de la pensée française

« La francophonie est le fruit de l’Histoire, une richesse culturelle pour tous les continents, un atout considérable pour la mondialisation. Comme l’hispanophonie, la lusophonie, l’arabophonie. Pourquoi ? Parce que la mondialisation symbolise à la fois la fin des distances physiques et la prise de conscience de l’importance considérable des distances culturelles. Organiser la cohabitation culturelle est une des conditions de la paix. » Dominique Wolton (Francophonie et Mondialisation – Revue HERMES – CNRS Editions -2004 ) »

Vendredi 28 avril

Table ronde : Le rôle des industries culturelles (16h30-18h)
Pas de diversité culturelle sans pluralisme dans les industries culturelles. Pour le moment, la concentration anglo-saxonne dans l’édition, le cinéma, la télévision, la presse, les nouvelles technologies est écrasante….
La Convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle a fortement souligné le rôle essentiel de ces entreprises comme acteur de la diversité. Y compris, pour les enjeux de la société de la connaissance. La Francophonie n’est pas assez présente dans ce domaine essentiel où se mêlent culture, économie, communication et savoirs. Favoriser les industries culturelles nationales passe aussi par des politiques publiques. L’identité ici la condition de la communication. L’Europe, avec ses racines mondiales peut conjuguer politique, culture et économie.

Président de séance : Catherine Tasca, Sénatrice des Yvelines, membre de l’APF, ancien ministre
Animateur : Luis Rivas, Directeur de la rédaction et de l’antenne d’Euronews
Intervenants :

  • Georges Poussin, Chef de section de l’entreprise culturel et du droit d’auteur (UNESCO)
  • Laura Garcia Vitoria, Directrice scientifique du Réseau européen des Villes Numériques
  • Laurence Parisot, Présidente du Mouvement des Entreprises de France (MEDEF)
  • Luc Pinhas, Professeur à l’Université de Pari 13
  • Michel Guillou, Directeur de l’Institut Iframond / Université Jean Moulin de Lyon
  • Youssou N’DOUR, Musicien et producteur